Giverny, Japonismes, Impressionnismes: le village de Monet

La chaleur se faisant étouffante à Paris, le week-end est le moment idéal pour de petites escapades hors des murs. C’est pourquoi, Giverny, petit village à une heure de Paris, est un lieu idéal. C’est là-bas qu’en 1883 Claude Monet décida de s’installer, et ce qui, aujourd’hui, fait toute la popularité du lieu.

Pour commencer, parlons de la visite en elle-même avant de parler de Giverny en tant que foyer artistique à part entière: petite village de l’Eure (Normandie), sa reconnaissance a fait de ce petit havre de paix un lieu très accessible (mais également fortement fréquenté). Les jardins sont magnifiques, reproduits au plus près de ce que Monet avait lui-même réalisé. Fortement inspiré par le Japon, l’artiste avait conféré à ses hortillonnages privés des allures de jardins japonais. C’est pour cela que l’on y trouve des fleurs exotiques, mais surtout les fameux nymphéas surplombés par le pont japonais – au sujet desquels Claude Monet réalisa une très grande série de peintures dont en voici deux.

Water-Lily Pond
Le pont Japonais (l’étang aux nymphéas), Claude Monet, 1899
Water-Lily Pond, Symphony in Rose
Le pont Japonais (l’étang aux nymphéas, symphonie en rose), Claude Monet, 1900

Quand j’y suis donc allée, il y avait au musée de Giverny l’exposition « Japonismes, Impressionnismes » (30 Mars 2018 – 15 Juillet 2018). Une exposition très intéressante qui retraçait les liens entre le japonisme et le mouvement artistique porté par Claude Monet. Effectivement, la fin du XIXème siècle est marquée par l’ouverture du Japon sur le monde occidental avec les débuts de l’ère Meiji (1868-1912). C’est notamment grâce au voyage d’Emile Guimet et de Félix Régamey dans la deuxième moitié des années 1870 que le Japon est enfin présenté aux artistes occidentaux.

Entre autre caractérisé par les estampes, une manière de peindre par aplats de couleurs et de la vie donnée à la nature, les artistes des XIX et XXe siècles se régalaient de ce répertoire inédit, et de la fascination européenne pour l’art de vivre à la japonaise. Les estampes japonaises se vendaient beaucoup, chez des particuliers comme Siegfried Bing (marchand d’art, collectionneur, critique d’art et mécène) ou au Bon Marché: Edmond de Goncourt rapportait lui-même qu’il « rencontre Monet souvent chez Bing, dans le petit grenier aux estampes japonaises » (estampes dont Monet deviendra lui-même un insatiable collectionneur). Bing organisa même une exposition en 1890 consacrée aux crépons et dessins japonais, c’est ce qui porta les artistes contemporains à ce que l’on pourrait appeler une apothéose du japonisme.

C’est donc dans cet univers là que l’exposition souhaitait nous plonger: dans l’engouement pour le japonisme, les influences que les artistes japonais ont eu sur les artistes européens, et ainsi des échanges artistiques entre l’Orient et l’Occident. C’est pour cela que l’exposition présentait diverses oeuvres que je tacherai de présenter ci-joint pour que vous puissiez vous faire vous même l’oeil sur la question.

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Mitsuke vu du fleuve Tenryū, Utagawa Hiroshige, vers 1833-1834, estampe, Musée Guimet (Paris)
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La Vision après le sermon, ou La Lutte de Jacob avec l’ange, Paul Gauguin, été 1888, h/t, Edimbourg, National Galleries of Scotland
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Le Père Tanguy, Vincent Van Gogh, 1887, h/t, Paris, Musée Rodin
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Etudes de vagues. Averse sur la mer à Port-Hue (Saint Briac), Henri Rivière, 1890-1892, gravure sur bois, Paris, BNF
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Un coin confortable (A son aise, le kimono bleu), William Merritt Chase, vers 1888, h/t, New York, Parrish Art Museum
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La toilette, Mary Cassatt, vers 1891 , pointe sèche, vernis mou et aquatinte en couleurs, Paris, BNF

Et ce n’est qu’un bref aperçu des nombreuses oeuvres présentées. L’exposition était riche en oeuvres, et en couleurs, et retraçait parfaitement les liens entre l’art Occidental du XIXeme siècle et ses inspirations japonaises. De plus, les salles du musée étant assez vastes, on n’avait pas l’impression de se marcher les uns sur les autres, ce qui rendait la visite d’autant plus agréable. Je ne peux que vous conseiller de vous nourrir de connaissances grâce au catalogue de l’exposition.

La prochaine exposition au Musée des Impressionnismes de Giverny, « Henri-Edmond Cross, peindre le bonheur », se tiendra du 27 Juillet au 4 Novembre 2018.


Si Giverny est le lieu du musée des Impressionnismes, on s’y rend également pour se plonger dans l’atmosphère du monde de Claude Monet puisque l’on peut visiter ses jardins et sa maison (tant bien que mal étant donné que c’était vraiment vraiment plein de monde…).

Nous allons nous concentrer uniquement sur la période où Monet avait posé ses bagages à Giverny, c’est à dire de 1883 à 1926, année de sa mort. Pour être brève, Monet fréquentait déjà les grands artistes que nous connaissons aujourd’hui que sont Bazille, Renoir ou encore Sisley. Il se pliait d’ores et déjà à l’exercice des oeuvres en séries qui, selon lui, avait le pouvoir de recueillir parfaitement l’instantanéité d’une lumière, d’un évènement, et leur inéluctable unicité. C’est à lui que l’on doit le terme « Impressionnisme » puisque c’est son huile sur toile de 1873, Impression soleil levant, qui donna le nom au courant.

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Claude Monet fit de Giverny son véritable havre de paix, mais aussi un lieu inévitable pour les artistes. Plus ou moins dans la continuité de Barbizon, des artistes comme Pissarro venaient s’abreuver des paysages de la campagne Normande.

Ainsi, le jardin de Giverny est tout à fait à l’image de l’artiste qui l’a fait naître. Comme mentionné précédemment, le jardin de Monet est très japonisant, et sa maison était le coffre fort d’une vaste collection d’oeuvres d’art: à la fois des estampes japonaises et des oeuvres de ses contemporains, que notre artiste prenait plaisir à collectionner.

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Pour en revenir à la notion d’oeuvres en série, l’une des séries les plus connues de C. Monet a été réalisée à Giverny, celle sur les meules de foin. Monet se penchait sur celles-ci et les peignait.

 

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Ainsi, Giverny était un lieu véritablement reconnu de la sphère artistique de l’époque, comme le montre cette lettre de Berthe Morisot à Claude Monet, rédigée en novembre 1890: « (…) Le plus grand de vos admirateurs, Stéphane Mallarmé, a passé la soirée avec nous hier, c’est vous dire qu’on a causé de Giverny », démontrant par ces mots que Giverny était devenu ce qui autrefois aurait pu être une espèce de Salon littéraire et artistique.

 

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