La peinture Rococo

Aujourd’hui, j’entends très souvent que les œuvres appartenant au mouvement rococo sont «kitsch». Mon but, aujourd’hui, n’est pas de changer vos avis respectifs sur ce courant artistique, mais simplement de vous expliquer pourquoi je l’apprécie, et ce, en vous parlant d’abord de l’histoire de ce courant, puis tout simplement de ce qu’il évoque pour moi, en ne me concentrant que sur l’art pictural.

BRÈVE PRÉSENTATION DU ROCOCO

Le terme Rococo désigne le style né de la fusion du style rocaille français et du baroque tardif italien, au cours du XVIIIe siècle. Les tableaux sont lumineux, aux dominantes rosées et sujets légers, gais, faisant s’échapper du réel (scènes de vie mondaine, d’Amour, de nature, des portraits…). Autant de sujets traités à l’huile sur toile ou bien au pastel, qui connaît un regain de popularité au cours de la période, car il permet ces nuances de couleurs très pâles comme le sont celles des tableaux rococo. De manière générale, mais aussi très grossièrement, on peut reconnaître un tableau de cette période de par la saturation de l’espace, la stylisation de la nature (les éléments sont représentés dans un but décoratif et non pas réaliste), la prolifération des courbes. De même manière que la nature est traitée de manière stylisée, l’histoire elle-même est traitée de manière décorative. En effet, les « scènes galantes » apparaissent en France avec Le Pèlerinage à l’île de Cythère d’Antoine Watteau, peint en 1717, qui lui permettra d’entrer à l’Académie Royale. 

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Pèlerinage à l’île de Cythère, Antoine Watteau, 1717, 1,29×1,94m, Musée du Louvre

C’est d’ores et déjà le début d’un style plus léger, mettant en avant l’Amour chez une classe bourgeoise nouvelle, de manière théâtralisée. Or, Watteau n’entre pas à l’académie comme « peintre de fêtes galantes » mais comme peintre d’histoire pour « un tableau représentant une fête galante ». Il en est de même pour François Boucher, qui intègre l’académie comme peintre d’histoire. Ce dernier peindra des scènes mythologiques à la sensualité moderne, comme dans Vénus dans la forge de Vulcain. 

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Vénus dans la forge de Vulcain, François Boucher, 1732, 320x320cm, Musée du Louvre

Sous le règne de Louis XV, l’absolutisme est déjà bien installé, de fait le roi profite de sa position confortable pour s’adonner à une vie de plaisirs à la fois de corps et d’esprit, tout comme le reste de la société s’y adonne ; cela permet aux genres mineurs de triompher, et cette fois tous nos artistes peignent des tableaux de genre mineur pour plusieurs raisons. Non seulement cela leur permet de vendre, donc de gagner de l’argent, mais ce sont également des tableaux qui plaisent au public comme le montre Le Bénédicité de Jean-Siméon Chardin, ou bien Le Colin-maillard de Jean-Honoré Fragonard.

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Le Bénédicité, Jean-Siméon Chardin, 1740, 0,49×0,38m, Musée du Louvre

 

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Le Colin-Maillard, Jean-Honoré Fragonard, 1751, 116,8×91,4cm, Toledo Museum of Art

François Boucher, lui, créera même une ambiance érotique dans certains de ces tableaux, comme Hercule et Omphale. 

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Hercule et Omphale, François Boucher, v. 1730, 90x74cm, The Pushkin State Museum of Fine Arts

CE QUE M’ÉVOQUE LE ROCOCO

Non, à mes yeux, le rococo, ce n’est pas kitsch ! 
À nos yeux modernes aujourd’hui, jurant en grande partie par une très grande simplicité et épuration, le rococo peut, certes, paraître trop chargé. 
Mais laissez-moi vous replonger (grossièrement) dans le contexte de l’époque… 
En 1715, Louis XIV décède et laisse son pays affaibli par la famine et les guerres de la fin de son règne. C’est d’abord Philippe d’Orléans qui prend la régence du pays. C’est dans les années 1740 que Louis XV régnera seul, conseillé par sa favorite Mme de Pompadour. La guerre de Sept Ans éclate ensuite, ne prenant fin qu’en 1763. Dix ans plus tard, Louis XV décède et Louis XVI prend le pouvoir. Son règne est très décrié et mènera, petit à petit, à la Prise de la Bastille en 1789. 
Ainsi, le XVIIIe siècle est un siècle mouvementé qui se termine sur la Révolution Française. La peinture rococo se veut en écho avec la littérature de ce siècle (Le jeu de l’amour et du hasard, Marivaux, 1730 ; Les Liaisons Dangereuses, Laclos, 1782) : des allures de légèreté pour être en fait une fuite du réel. Comme mentionné dans la partie précédente, le roi lui-même profite de la monarchie absolue pour s’adonner à différents plaisirs. Ainsi, une partie de la population vivait dans cette sorte de décadence du siècle, ce qui est très présent dans les œuvres de Fragonard comme La Chemise Enlevée. 

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La chemise enlevée, Jean-Honoré Fragonard, v.1770, 35x42cm, Musée du Louvre

Les paysages représentés, notamment chez François Boucher, font écho à une sorte d’Arcadie, comme dans le Paysage avec bétail de Jean-Baptiste Pillement, Arcadie que l’on retrouve aussi dans l’intérêt grandissant pour la Chine notamment chez Francois Boucher dans Le Mariage Chinois, et chez les écrivains de l’époque comme Voltaire dans L’Orphelin de Chine. 

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Paysage avec bétail, Jean-Baptiste Pillement, 1731 (et grand besoin d’aide pour retrouver le cartel!)
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Le Mariage Chinois, François Boucher, v.1742, 40x47cm, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon

Bref, tout cela pour prouver mon principal argument : le rococo n’est pas que légèreté et galanterie, mais avant tout une manière, pour les artistes, mais aussi pour leur public, de s’échapper du contexte politique et économique de l’époque, pour faire perdurer leurs escapades divertissantes et leurs rêveries d’un monde meilleur. Jean-Honoré Fragonard ira même plus loin en y ajoutant une réelle dimension sociologique en exprimant les désirs, hésitations et incertitudes des gens de son époque, quand la recherche de plaisir est un combat permanent contre le futur comme peut en témoigner Le Verrou, tableau divisant encore aujourd’hui: est-ce un viol (auquel cas cela témoigne bien des travers de l’époque), ou une scène d’amour (témoignant de la liberté de l’époque)?

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Le Verrou, Jean-Honoré Fragonard, v.1777, 74x94m, Musée du Louvre

Ainsi, les riches ornements, les couleurs pastel, sont – parmi tant d’autres raisons d’utilisation – un moyen de contrer la noirceur des temps avenir, une sorte d’utopie, de moments rêvés, en opposition avec la lourdeur des temps qui couraient à l’époque… 

 

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