A travers l’oeuvre #1

Psyché et l’Amour, François Gérard, 1798, huile sur toile, 186x132cm, Musée du Louvre

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« Je suis le dieu le plus puissant des dieux,
Absolu sur la terre, absolu dans les cieux ;
Dans les eaux, dans les airs, mon pouvoir est suprême :
En un mot, je suis l’Amour même » (Molière, Psyché, 1671)

Cette scène mythologique choisie par François Gérard (1770-1837) est peinte en format portrait. Deux personnages sont au premier plan, devant un paysage de nature que l’on ne peut identifier. 
Comme l’indique le nom de l’œuvre, les deux personnages sont Psyché et l’Amour. Psyché est représentée assise, vêtue d’un simple voile transparent sur ses genoux, les mains croisées en dessous de sa poitrine. L’Amour, également connu comme Cupidon, est debout, penché vers Psyché, et porte des ailes. La seule autre présence de ce tableau est celle du papillon blanc se trouvant au-dessus de leurs têtes. 

Le papillon se dit « psyché » en grec, ce qui se traduit aussi par « l’âme ». Le tableau prend alors une double dimension : mythologique et métaphysique. Pour exprimer cela, François Gérard a peint ses personnages de manière très prude, mais tout à fait au goût de l’époque : Psyché et l’Amour allient froideur et sensualité. Les couleurs utilisées par F.Gérard donnent aux personnages une peau nacrée, « porcelainée » dont les contours restent flous, et leur nudité profite à l’aspect sensuel du tableau, qui demeure cependant très pudique. Ainsi, le spectateur ne se concentre pas sur le traitement des personnages, mais sur les questions mythologiques, thèmes régulièrement utilisés chez les peintres néoclassiques, et métaphysiques du tableau, ce qui est renforcé par le paysage neutre du fond de la peinture.
Psyché était l’une des trois filles d’un roi, dont la beauté fut considérée comme un affront par Vénus, qui voulut la punir. Pour ce faire, elle demanda à son fils Cupidon de lui faire aimer un monstre. Face à cette jeune beauté, Cupidon ne put accomplir sa mission, enleva la jeune fille et la conduisit dans son palais. Quand Psyché se réveilla, le Palais était plongé dans l’obscurité et elle ne sentit qu’une présence douce à ses côtés. C’est ce moment-là qu’a choisi F.Gérard de représenter. En effet, le regard de Psyché montre qu’elle ne voit ni le spectateur ni Cupidon. Celui-ci serait donc invisible à ses yeux. De plus, Cupidon ne la touche pas directement, il est là telle une simple présence qui entourerait Psyché de sa chaleur ainsi que de son amour, qu’elle ne sentirait que de par une intuition émanant de l’aspect divin de l’Amour. Cependant, au lieu de peindre la scène dans le Palais, comme a pu le faire François-Edouard Picot qui peignit Amour et Psyché en intérieur (figure 1), F.Gérard décida de peindre la scène sur un fond extérieur, neutre et épuré. Cela permet au spectateur de s’identifier à la scène, et là est le rôle iconographique du papillon. 
En effet, si le spectateur peut s’identifier à Psyché, c’est tout d’abord de par sa dimension mortelle. Le papillon le confirme, psyché est l’âme humaine. Ainsi, François Gérard prend part à une réflexion néo-platonicienne sur l’union entre l’âme humaine et l’amour divin, qui va au-delà de l’amor humanus porté par Platon*. Cette union est ainsi portée par ces deux êtres, d’un côté mortel et, de l’autre, divin. Si Psyché et l’Amour ne sont pas les seuls à porter ce thème, ils sont bel et bien un thème de prédilection pour les artistes de l’époque. Cinq années auparavant, Antonio Canova (1757-1822) sculpte Psyché ranimée par le baiser de l’amour (figure 2). Le marbre utilisé par ce dernier rappelle l’aspect « porcelainé » des peaux comme les a peintes François Gérard. 

Ainsi, Psyché et l’Amour est un thème à la fois mythologique et métaphysique a dimension universelle. Si François Gérard en fait une représentation dont la touche sera saluée par Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), elle ne fera pas l’unanimité au salon de 1798 et François Gérard ne connaîtra réel succès que plus tard lorsqu’il deviendra le portraitiste attitré de la cour impériale. Néanmoins, ce tableau qui est l’un de ses premiers, traduit une certaine évolution du néoclassicisme, qui ne se tient plus qu’aux thèmes historiques ou mythologiques, mais développe d’ores et déjà un goût pour une réflexion plus philosophique.


* https://dictynna.revues.org/144, définition de l’amour humain selon Platon.

 

06-502278
Figure 1: Amour et Psyché, François-Edouard Picot
p1020853
Figure 2: Psyché ranimée par le baiser de l’amour, Antonio Canova

Bibliographie:

  • Boulègue, Laurence. « L’amor humanus chez Marsile Ficin ». Dictynna. Revue de poétique latine, no 4 (1 juin 2007). https://dictynna.revues.org/144.
  • Fonta, Marguerite. « Psyché, l’époux invisible ». In La mythologie en 100 chefs-d’oeuvre, tableaux et sculptures expliqués, 192‑93. Eyrolles, s. d.
  • Psyché et l’Amour. Consulté le 26 octobre 2017. http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/psyche-et-l-amour.

 

 

 

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